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Ait ammar au coeur de l'histoire
   
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 UN JOUR DE SEPTEMBRE 1974 (le 11/12/2008 à 02h42)

 

Un jour de septembre 1974

 

Je n’avais pas l’habitude d’accompagner mon père pour me rendre au village. Chaque fois que je m'y étais rendu c’était en compagnie de ma mère, pour l'accompagner à l’infirmerie coloniale, afin de me faire vacciner ou me faire examiner par l’infirmier local, suite aux épidémies de grippe qui ravageaient la région. Mais cette fois-ci mon père avait insisté. Il fallait  que je me réveillasse  tôt pour mettre des beaux vêtements, des chaussures neuves et me dépêcher pour aller quelque part, à un endroit qu’il préférait ne pas me dévoiler.

 

Comme d’habitude, à Ait Ammar, le soleil imposait son rythme aux paysans. Nous n’avions pas de poste radio, ni d’horloge, seules les plus aisés pouvait se permettre un tel luxe. On se réveillait le matin en se référant au chant des coqs qui s’accentuait avec l’apparition des premières lumières du jour.  Les  activités quotidiennes variaient peu à la compagne. Qu’il fisse beau, qu’il neigeât ou qu'il plût, on commençait la journée de la même manière : un petit déjeuner à base de thé à la menthe et du pain à base de farine d’orge ou de blé, en fonction des moyens. Les plus aisés pouvaient se permettre de prendre, en complément, des œufs broyés cuits dans de l’huile d’olive.

 

En cette journée de septembre, il n’y avait aucun nuage dans le ciel, seule la rosée matinale humidifiait les branches sèches des amandiers de notre jardin. Ma mère se réveilla la première, ramassa les brindilles sèches d’amandiers et quelques branches de jujubiers qu’elle utilisa pour allumer le feu afin de cuire le pain et nous préparer le petit déjeuner. Mon père insista sur le fait de bien manger, ce matin là ; il m’informa que, peut être, nous ne rentrerions pas à la maison avant le soir. Septembre 1974 correspondait au mois sacré du jeûne: le mois du Ramadan.  Au petit déjeuner mon père n’avait rien mangé. Quant à moi, j’engloutis un quart de pain rond, trois verres de thé, je chaussai mes nouvelles chaussures et je me mis devant la maison pour l'attendre.  

 

 

Le soleil avait déjà fait quelques dizaines de mètres au dessus de l’horizon quand j’entendis mon père m’appeler en me disant: « ça y est, cette fois-ci on y va pour de bon. De toute façon je devais bien prendre une décision, faire un choix. »

 

Je ne pus comprendre quelle décision mon père devait prendre, ni à quel sujet devait-il le faire, mais  je savais que j’étais concerné par cell-ci. Je me contentai de le suivre sans poser de questions. Il marchait très vite, comme s’il devait arriver avant une heure bien déterminée, ce qui me permis de supposer qu’il devait être en train de se rendre à l’un des bureaux de l’administration locale. Nous marchâmes longtemps avant  d’arriver au premier village, à l’Est de la mine d’ait Ammar. Tout y était beau. Les maisons, s’y trouvant, paraissaient différentes de la notre ; des maisons blanches collées les unes aux autres, bâties sur des rangées séparées par des ruelles de part et d’autre. Je fus impressionné par le nombre d’enfants et d’adultes marchant sur la route traversant le village. Ils se dirigeaient tous vers la même direction : celle de l’ouest. Je ne pus m’empêcher de penser aux jours de fêtes, notamment à l’occasion du retour des pèlerins de la Mecque. Mais je savais que cette journée de septembre ne pouvait correspondre aux jours de festivités du retour des pèlerins qui se tenaient en décembre à l’époque. Ce n’était, ni un lundi, ni un vendredi, deux jours de marché, l’un avait lieu à Tnine  Oulad Boughadi et l’autre à Ait Ammar. En effet, j’avais, déjà, eu l’occasion de partir, une ou deux fois, avec mon père à ces deux marchés ; c’était nettement différent que cette fois-ci : Il y avait plus d’adultes que d’enfants et presque tous les adultes étaient sur des ânes ou des mules.

 

 

Plongé dans mes songes, je fus réveillé par la voix, grave, de mon père qui me fit remarquer que notre parcours devait s’achever à un endroit qui ne m’était pas familier. Nous nous arrêtâmes au bord d’un petit château d’eau, de couleur rouge, et mon père me désigna une grande cour, nue de toute trace d’herbe, avec, pour ornement, quelques arbres d’eucalyptus et surtout des centaines d’enfants qui couraient dans tous les sens, comme des moutons.

 

 

« Tu vois comme c’est joli cet endroit, c’est ici que tu devras désormais venir presque tous les jours pour t’amuser, comme le font ces enfants. » me dit-il. J’avais le regard fixé sur cette cour que je n’avais jamais remarqué auparavant ; maintes fois j’eus fais cette route mais je n’avais jamais imaginé qu’un jour on me ramènerait, ici, pour passer toute la journée, loin de la tendresse de ma mère et des seuls repères de ma petite enfance qui ne dépassaient guère les endroits où nous faisions brouter nos vaches.

 

Sans me laisser le temps de m’interroger ou de réfléchir, mon père hâta le pas, je le suivais, nous traversâmes la grande cour et nous nous dirigeâmes vers un petit bâtiment où nous fûmes accueilli par un monsieur qui se présenta comme étant monsieur le directeur. Un bref échange verbal entre ce monsieur et mon père suffit pour me faire comprendre que la décision qu'il devait prendre, et qui l’empêchait des fois de dormir, c’était celle de m’inscrire à l’école gouvernementale.

 

Le directeur d’école, un brave homme nommé BENBIGA, me conduisit aussitôt dans une classe où il me présenta à un autre brave homme, monsieur BOUDRIOUA, mon instituteur de la classe préparatoire, qui me rassura aussitôt, et me souhaita bonne route sur le chemin escarpé de l’instruction.

 

 

Je tournai la tête une dernière fois pour voir s’éloigner mon père. Je ne pus m’empêcher de pleurer mais la joie des autres enfants, qui avaient déjà une semaine de scolarité d’avance sur moi, me conforta et me permit, au moins, de tenir jusqu’à la pause de midi.  

 

Cette journée de septembre n’était pas une journée ordinaire. Mon père ne songeait pas m’inscrire à l’école ; il avait peu de moyens pour assurer mes fournitures scolaires. Il voulait que je reste à la maison pour l’aider, comme c’était le sort de la totalité des enfants de notre commune. Ma mère voulait, plutôt, m’inscrire à l’école coranique qui ne se trouvait pas loin de chez nous et qui avait, au moins, le mérite de garantir une instruction convenable et gratuite mais dont la régularité des instructeurs n’était pas assurée.

 

Un homme, un cousin éloigné à mon père,  le convainquit de faire ce choix entre les trois voies qui m’étaient destinées : rester à la maison pour trimer et travailler les champs, suivre une instruction à l’école coranique sans garantie de continuité ou prendre le long chemin, épineux, de l’instruction scolaire.   

 

                                                                                                      BBAY

 

 

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 L'HOMME QUI DEFIAIT LA NATURE (le 04/02/2008 à 00h58)

 

 

Usé, Lassé, Je n’avais qu'une envie: partir...

 

 

Grimpant la côte en hâtant le pas, je sentais mon cœur battre à toute vitesse, et n’osais regarder derrière moi, par peur de voir s’éloigner le village où j’avais enterré mes souvenirs d’enfance. Arrivé au sommet de cette côte, bordure argileuse, que je ne cessais de contempler toute mon enfance sans pouvoir franchir, je me retournai pour regarder, une dernière fois, les paysages où j’avais écoulé la partie la plus précieuse de mon enfance.

En effet, je venais de perdre mon père et ne pouvais oublier l’acharnement du destin sur ma propre famille. A six ans, en 1926, j’avais vu la maladie emporter bêtement mon père, sans que l’on sachât de quelle maladie souffrait-il. Issu d’une famille polygame, j’avais vu mes demi  frères, partir chacun avec sa propre mère. Moi, je n’avais qu’un petit frère, âgé de six mois lors du décès de mon père. Notre mère préféra se remarier que rester seule pour s’occuper de ses deux enfants.

Sur la colline, haute de cinq cent mètres environ, je respirai une bouffée d’air frais qui soulagea mes poumons bien que mon cœur fût rempli de chagrin et de tristesse. Je me rendai compte, tout d’un coup, que l’aventure ne faisait que commencer et qu’il me faudrait beaucoup de courage pour pouvoir affronter cet inconnu qui se dessine devant moi. En me tournant, une dernière fois, j’eus beaucoup de peine à empêcher mes larmes de couler et comment aurais-je pu faire ? Je n’étais qu’un jeune enfant dépassant à peine les seize ans. Je pensais à mon petit frère que j’avais laissé derrière moi. Il était resté tout seul, abandonné à son sort, dans une petite tente, comptant tantôt sur la générosité de son oncle tantôt sur l’instinct maternel de notre mère, malgré la répugnance que nous avions envers son mari.

 

Plongé dans mes rêves, je ne pensais qu’aux moments passés avec mon petit frère. Je me rappelai de la nuit où, abrités sous notre petite tente, sous une pluie diluvienne, l’eau coulait à l’intérieur de celle-ci, en dessous de nous. Pour dormir au sec, je dus aller chercher un gros tas de branches de jujubier que j’étalai au milieu de la tente et par-dessus, je posai un tapis de jonc pour confectionner un lit de fortune. Je serrai mon petit frère contre moi pour le protéger du froid. Toutes ces pensées me serraient le cœur et m’empêchaient d’avancer. Je me résolus, néanmoins, à tourner cette page, triste, de ma mémoire. Je pris un chemin de terre qui me conduisit vers la route principale reliant Rabat à Oued-zem et qui passait à l’époque à proximité du mausolée de Sidi El Ghazouani. Après quatre heures de marche sous le soleil brûlant de l’été sans manger ni boire, j’arrivai aux portes de Oued-zem, qui n’était à l’époque qu’un petit village traversé par le fleuve YZEM, que les colons français avaient aménagé, dans les années dix (1912 à 1920), en un lac au centre du quartier européen pour mieux l’exploiter.

 

Sans aucun sou dans ma poche, je dus compter sur la générosité d’une vendeuse de soupe qui daigna m’offrir un bol de soupe et un petit morceau de pain.

Au centre ville de Oued-zem, à l’intérieur du quartier des arcs, dans la rue qui relie le vieux marché à l’actuelle place des martyrs (place de l’église), il y avait des sortes de cafés restaurants que leurs propriétaires transformaient, la nuit, en dortoirs de fortunes pour les vagabonds. Je passai ma première nuit, dans l’un de ces établissements, en promettant au propriétaire de le payer plus tard dès que j’aurais la somme suffisante. Il se montra très généreux et me promit de m’exonérer de payer si par un malheureux concours de circonstances il me reverrait plus. La nuit, tous les clients s’alignaient les uns à côté des autres, tassés comme dans une boite de sardine, sur les tapis d’osier et de jonc. Les odeurs, dues à la nourriture déversée sur les tapis, lors des prises des repas dans la journée, envahissaient l’atmosphère du restaurant, la nuit, et incommodaient la respiration des hôtes. Souvent, les clients les plus habitués de ces établissements, fermaient un œil et gardaient l’autre ouvert pour surveiller leurs poches pour  ne pas se faire dépouiller de leurs provisions. En effet, comme dans tous les cafés du coin, il y avait des petits bandits qui repéraient les novices et leurs volaient leurs provisions une fois endormis. Quant à moi, je ne pouvais me soucier de ces voleurs, car je n’avais rien dans mes poches et même si un voleur devait s’aventurer à me voler quoi que ce soit, il n’aurait trouvé, dans celles-ci, qu’un trou sans fond.

 

Le lendemain matin, dès le réveil, je m’armai de patience et pris la route de Casablanca. Je me mis à compter les bornes kilométriques, les unes après les autres, sans perdre espoir, car mon but n’était pas d’arriver à Casablanca, ville se trouvant à cent cinquante kilomètres de Oued-zem, mais plutôt survivre pour y arriver et y trouver un travail me permettant de vivre et de faire vivre mon petit frère que j'avais laissé derrière moi.

 

Pour me consoler et oublier la faim et la fatigue, je me mis à penser aux jours heureux que j’avais passés dans ma famille avant le décès de mon père. Je me rappelai du jour où, avec mes deux demi-frères, Ali et Driss, nous voulûmes embrasser notre père mais aucun de nous trois ne laissait les deux autres faire. Notre père nous suggéra de nous éloigner tous pour courir et le premier qui arriverait serait l’heureux élu pour l’embrasser sans être dérangé par les autres. Nous fîmes la course et Ali l’emporta facilement sur nous. Non fière de moi, je pris un gros caillou et je le projetai violemment sur lui pour l’empêcher d’embrasser mon père avant moi. Je forçai ainsi mon père à me prendre dans ses bras bien avant les deux autres, malgré l’énorme bêtise que je venais de commettre. Je ne pouvais m'empêcher de penser au jour de son décès. Il ne cessa jamais de me manquer terriblement depuis son départ définitif vers son éternelle demeure. Je n’avais que six ans quand ce triste évènement arriva. C’était en automne, une période de forte sécheresse. La terre à Ait Ammar ressemblait plus à un paysage lunaire qu’à des champs cultivables. De forts orages s’abattaient de temps en temps sur la région en lessivant les dernières brindilles de pailles oubliées par les brebis. Comme tous les autres petits garçons de mon âge, j’avais un os d’animal attaché à mes cheveux : une superstition de l’époque pour protéger les enfants du mauvais oeil; une crinière se dressait au sommet de ma tête à la façon de la coiffure PUNCK des années quatre vingt du vingtième siècle. L’os qui était solidement fixé à mes cheveux, au milieu de la crinière, attirait les corbeaux qui peuplaient notre campagne en automne. Le jour même du décès de mon père un de ces corbeaux se jeta sur moi pour essayer de m’arracher cet os. J’étais apeuré, je pleurais et en même temps je cherchais à me consoler en supposant que mon père reviendrait un jour après son séjour à l’endroit réservé pour le repos des âmes. Le corps de mon père était étalé au milieu de notre tente familiale, couvert de plusieurs tapis rouges parsemés de beaux dessins multicolores comme s’il pouvait encore jouir de la beauté matérielle des choses de cette vie basse. Autour de lui des dizaines de femmes formaient une sorte de cordon tout en pleurant et en se lacérant les visages. Elles criaient fortement et répétaient collectivement des chants mélancoliques pour atténuer leur peine. Les hommes, rassemblés dans un autre coin de la tente, priaient pour le salut de son âme. Je ne pouvais oublier le moment où quatre hommes de forte corpulence le portèrent, allongé, sur une sorte de lit confectionné de tapis et de bâtons en bois.

 

Sur la route de Casablanca je me rappelai des bons et des mauvais souvenirs. C’était, pour moi, la seule façon de me détacher de la dure réalité de la fatigue musculaire qui affectait mon corps. Néanmoins, le fait de penser que notre mère avait préféré se remarier après le décès de notre père et nous laisser vagabonder d’un douar à l’autre me donnait des nausées. Mon petit frère et moi étions restés chez notre unique oncle maternel qui se comportait de manière très dure avec nous. Un jour nous eûmes l’idée de le quitter et emmener les quelques vaches que nous possédions chez nôtre grand frère Ahmed B. Nous fûmes pas vraiment les bienvenus mais nous restâmes, tant bien que mal, chez lui. Il y avait, en effet, notre grande sœur, mariée, et  qui n’habitait pas loin de chez lui. Elle pouvait nous donner, de temps en temps, un petit morceau de pain sans que son mari ne le sût. Quant à notre grand frère, Ahmed B, et sa femme, ils faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour nous faire fouir. Bien que nous possédassions un morceau de terre jouxtant celle de notre frère, ce qui nous permettait de faire brouter nos vaches, nous n’avions aucun toit pour dormir ni de la nourriture pour manger et étions obligés de nous nous réfugier chez lui malgré les remarques désobligeantes qu’il proférait à notre égard. Un jour je décidai de mettre fin à notre humiliation quotidienne en reconduisant, avec mon petit frère, nos vaches chez un proche oncle (BLH) et par la même occasion je décidai de laisser mon petit frère proche de l’affection de notre mère malgré la haine que j’éprouvais pour mon beau père. Il passait la journée chez elle, tandis que je dormais chez ce proche oncle qui ne me demandait presque rien en contrepartie.

 

 

(A SUIVRE)

 

 

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 BAHADDOU: UN HOMME, UN DESTIN. (le 24/01/2008 à 23h13)

   

BABA HADDOU : UN HOMME, UN DESTIN.

 

 

De son vrai nom Ahmed ben Laarbi ben Ali ben El maâti (selon l’un de ses petits fils) de la lignée d’El Hassan, ancêtre d’une majorité de lakouacem des chorfas d’Ait Ammar. El Hassan est descendant du parent commun à tous les Kouacems qui s’appelait probablement : Kacem. Lakouacem et Ait Charki sont deux lignées proches qui descendent de sidi M’hamed ben Aissa : chérif omrani idrisside.

Laarbi, père d’Ahmed, qu’on surnomma baba Haddou, décéda jeune et ne laissa qu’un seul fils : Ahmed. Sa mère se remaria avec le père des oulad Fettoucha avec qui elle eut des demi-frères et demi-sœurs à Haddou.

 

Haddou grandit, orphelin de père et loin de la providence de sa mère, au sein des chorfas au milieu de ses oncles maternels : Ait El Hassan et ses cousins de lakouacem ce qui forgea son caractère et le rendit un homme fort, guerrier, pieux et ne prêchait que la bonne parole. Très jeune, au sein des deux fractions des chorfas de béni-khirane, on lui confia des responsabilités pour diriger et veiller sur le campement.

 

Une fois adulte, ses oncles AIT BEL HACEN, le marièrent avec une de leurs filles nommée El Ghadouia, femme honnête, très pieuse et courageuse mais comme elle était stérile, elle n’enfanta pas ce qui poussa Baba Haddou à épouser Aicha, une cousine à elle, avec laquelle il eut deux enfants : El Arbi et Abdeslem. Aicha décéda prématurément ce qui poussa Baba Haddou à se remarier avec l’une de ses sœurs, nommée Rabha, avec qui il eut sa seule fille qu’il appela Fatna-haddou. El arbi et Abdeslem souffrirent peu du décès de leur mère car leur belle mère El Ghadouia, propre cousine à leur mère, s’occupa très bien  de leur éducation comme s’ils étaient ses propres enfants. Le remariage de leur père avec Rabha, leur tante, fut une bénédiction pour eux.

A l’époque de SIBA (1) les multiples attaques des tribus avoisinantes poussaient les responsables de chaque fraction, campement ou tribu à établir des accords et tisser des liens avec d’autres fractions ou tribus. Les Chorfas de Béni-Khirane élurent Baba Haddou responsable de leur campement et lui confièrent les taches de l’organisation de la défense contre las assaillants de SIBA, la conclusion des accords avec les autres tribus et aussi la garantie de faire régner l’ordre et régler les litiges au sein de sa commune. Haddou, la soixantaine, une taille moyenne et une barbe beaucoup moins drue que celles qu’avaient ses semblables, nommé Cheikh au sein de sa commune, devait posséder toutes les qualités d’un grand homme pour fédérer les siens autour de lui, les protéger des agressions extérieures et en même temps faire face à leurs propres caprices.

Baba Haddou avait une grande tolérance et ouverture d’esprit ce qui lui permit de tisser beaucoup de liens avec différentes communes de Smaâla et de Zayane. Mais son charisme ne suffit pas à le prémunir contre l’agressivité de quelques brebis galeuses de sa communauté. Un jour il fût irrité d’entendre un de sa communauté dire à d’autres hommes du campement: « c’est parce que vous avez élu Baba Haddou pour veiller sur nous, cette année, que la récolte de nos terres est aussi abondante que sa barbe ». Il fit allusion à la mauvaise récolte en blé et en orge due à la sécheresse qui toucha toute la région de Tadla et qui coïncida à Ait Ammar avec l’intronisation de Baba Haddou comme cheikh des Chorfas de Béni-Khirane. Un autre jour lors d’un litige entre deux protagonistes, l’un d’Ait Si M’hamed ben Aissa et l’autre d’Oulad Si Brahim, il résolut le problème en toute impartialité mais le verdict rendit par Baba Haddou ne plut pas trop au Barhmi (2) ce qui le poussa à gifler le Cheikh devant les siens. Les Issaouis (3) se mirent à bouillir de colère et crièrent vengeance mais Baba Haddou apaisa leur colère en leur disant : « Oulad Si Brahim m’ont élu, comme vous, par moitié de voix, en me giflant il ne vous ont point humilié. Ils n’ont humilié que leur moitié ». Par sa sagesse, Baba Haddou réussit à éviter une bataille fratricide mais jura le jour même de quitter cette terre où les injustices pourrissaient la vie des innocents. La nuit tombée, Haddou ordonna à ses enfants et ses deux femmes de se préparer discrètement au départ sans éveiller les soupçons au sein du campement. Quitter la région mais pour aller où ? Seul Baba Haddou connaissait la réponse. Pas même le plus guerrier de ses deux enfants, Laârbi, ne connaissait la destination. Les deux garçons de Baba Haddou et sa fille se mirent aussitôt à préparer le cheptel afin de pouvoir les évacuer sans que les chiens de garde du campement ne flairassent leur mouvement. Les deux femmes, quant à elles, ramassèrent les économies, les provisions et les denrées nécessaires au long voyage.  Les armes et les munitions furent vérifiées soigneusement par Laârbi qui redoutait les attaques des Syabs (4). L’obscurité envahit vite le campement et le sommeil s’empara aussitôt des âmes fatiguées par les multiples corvées endurées la journée. Baba Haddou et ses enfants montèrent sur leur chevaux et éloignèrent le cheptel du campement. Les femmes plièrent les tentes et tous les accessoires en se hâtant et au milieu de la nuit tout fût prêt pour le grand voyage. Baba Haddou se dirigea vers l’est en empruntant les petits chemins. Peu de gens à l’époque s’aventuraient à voyager de telle façon, la nuit, de peur de se faire dépouiller de leurs biens, mais la rage de Baba Hddou était tellement grande qu’il lui était impossible de trouver une alternative à cette solution. Au cœur de la nuit, dans un paysage aride et désertique, la petite famille ne pensait qu’à une seule chose : arriver à un endroit sûr pour se reposer de la fatigue de la veille. A l’aube la petite caravane arriva à l’endroit actuel du souk El had des Oulad Fennane et Baba Haddou ordonna qu’on s’arrêtât pour les obligations religieuses d’El fajr et pour se reposer avant de commencer une nouvelle étape de son long voyage.  (A SUIVRE)

 

(1) Période de grande faiblesse de l’Etat où le pouvoir était limité à quelques zones proches de la capitale Fès. Dans la quasi-totalité du Royaume la loi du plus fort régnait. L’illustration parfaite de cette triste période est la présence des DCHOURS, fortifications pour s’abriter, partout au Maroc.

(2)  Appartenant à la fraction d’Oulad Si Brahim.

(3) Appartenant à la fraction des Ait Si M’hamed ben Aissa.

(4) Les gens qui n’ont ni foi ni lois. De SIBA qui veut dire dans le dialecte marocain : la non loi. Singulier : Saib. Pluriel : Siabs.

 

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