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 BAHADDOU: UN HOMME, UN DESTIN.

   

BABA HADDOU : UN HOMME, UN DESTIN.

 

 

De son vrai nom Ahmed ben Laarbi ben Ali ben El maâti (selon l’un de ses petits fils) de la lignée d’El Hassan, ancêtre d’une majorité de lakouacem des chorfas d’Ait Ammar. El Hassan est descendant du parent commun à tous les Kouacems qui s’appelait probablement : Kacem. Lakouacem et Ait Charki sont deux lignées proches qui descendent de sidi M’hamed ben Aissa : chérif omrani idrisside.

Laarbi, père d’Ahmed, qu’on surnomma baba Haddou, décéda jeune et ne laissa qu’un seul fils : Ahmed. Sa mère se remaria avec le père des oulad Fettoucha avec qui elle eut des demi-frères et demi-sœurs à Haddou.

 

Haddou grandit, orphelin de père et loin de la providence de sa mère, au sein des chorfas au milieu de ses oncles maternels : Ait El Hassan et ses cousins de lakouacem ce qui forgea son caractère et le rendit un homme fort, guerrier, pieux et ne prêchait que la bonne parole. Très jeune, au sein des deux fractions des chorfas de béni-khirane, on lui confia des responsabilités pour diriger et veiller sur le campement.

 

Une fois adulte, ses oncles AIT BEL HACEN, le marièrent avec une de leurs filles nommée El Ghadouia, femme honnête, très pieuse et courageuse mais comme elle était stérile, elle n’enfanta pas ce qui poussa Baba Haddou à épouser Aicha, une cousine à elle, avec laquelle il eut deux enfants : El Arbi et Abdeslem. Aicha décéda prématurément ce qui poussa Baba Haddou à se remarier avec l’une de ses sœurs, nommée Rabha, avec qui il eut sa seule fille qu’il appela Fatna-haddou. El arbi et Abdeslem souffrirent peu du décès de leur mère car leur belle mère El Ghadouia, propre cousine à leur mère, s’occupa très bien  de leur éducation comme s’ils étaient ses propres enfants. Le remariage de leur père avec Rabha, leur tante, fut une bénédiction pour eux.

A l’époque de SIBA (1) les multiples attaques des tribus avoisinantes poussaient les responsables de chaque fraction, campement ou tribu à établir des accords et tisser des liens avec d’autres fractions ou tribus. Les Chorfas de Béni-Khirane élurent Baba Haddou responsable de leur campement et lui confièrent les taches de l’organisation de la défense contre las assaillants de SIBA, la conclusion des accords avec les autres tribus et aussi la garantie de faire régner l’ordre et régler les litiges au sein de sa commune. Haddou, la soixantaine, une taille moyenne et une barbe beaucoup moins drue que celles qu’avaient ses semblables, nommé Cheikh au sein de sa commune, devait posséder toutes les qualités d’un grand homme pour fédérer les siens autour de lui, les protéger des agressions extérieures et en même temps faire face à leurs propres caprices.

Baba Haddou avait une grande tolérance et ouverture d’esprit ce qui lui permit de tisser beaucoup de liens avec différentes communes de Smaâla et de Zayane. Mais son charisme ne suffit pas à le prémunir contre l’agressivité de quelques brebis galeuses de sa communauté. Un jour il fût irrité d’entendre un de sa communauté dire à d’autres hommes du campement: « c’est parce que vous avez élu Baba Haddou pour veiller sur nous, cette année, que la récolte de nos terres est aussi abondante que sa barbe ». Il fit allusion à la mauvaise récolte en blé et en orge due à la sécheresse qui toucha toute la région de Tadla et qui coïncida à Ait Ammar avec l’intronisation de Baba Haddou comme cheikh des Chorfas de Béni-Khirane. Un autre jour lors d’un litige entre deux protagonistes, l’un d’Ait Si M’hamed ben Aissa et l’autre d’Oulad Si Brahim, il résolut le problème en toute impartialité mais le verdict rendit par Baba Haddou ne plut pas trop au Barhmi (2) ce qui le poussa à gifler le Cheikh devant les siens. Les Issaouis (3) se mirent à bouillir de colère et crièrent vengeance mais Baba Haddou apaisa leur colère en leur disant : « Oulad Si Brahim m’ont élu, comme vous, par moitié de voix, en me giflant il ne vous ont point humilié. Ils n’ont humilié que leur moitié ». Par sa sagesse, Baba Haddou réussit à éviter une bataille fratricide mais jura le jour même de quitter cette terre où les injustices pourrissaient la vie des innocents. La nuit tombée, Haddou ordonna à ses enfants et ses deux femmes de se préparer discrètement au départ sans éveiller les soupçons au sein du campement. Quitter la région mais pour aller où ? Seul Baba Haddou connaissait la réponse. Pas même le plus guerrier de ses deux enfants, Laârbi, ne connaissait la destination. Les deux garçons de Baba Haddou et sa fille se mirent aussitôt à préparer le cheptel afin de pouvoir les évacuer sans que les chiens de garde du campement ne flairassent leur mouvement. Les deux femmes, quant à elles, ramassèrent les économies, les provisions et les denrées nécessaires au long voyage.  Les armes et les munitions furent vérifiées soigneusement par Laârbi qui redoutait les attaques des Syabs (4). L’obscurité envahit vite le campement et le sommeil s’empara aussitôt des âmes fatiguées par les multiples corvées endurées la journée. Baba Haddou et ses enfants montèrent sur leur chevaux et éloignèrent le cheptel du campement. Les femmes plièrent les tentes et tous les accessoires en se hâtant et au milieu de la nuit tout fût prêt pour le grand voyage. Baba Haddou se dirigea vers l’est en empruntant les petits chemins. Peu de gens à l’époque s’aventuraient à voyager de telle façon, la nuit, de peur de se faire dépouiller de leurs biens, mais la rage de Baba Hddou était tellement grande qu’il lui était impossible de trouver une alternative à cette solution. Au cœur de la nuit, dans un paysage aride et désertique, la petite famille ne pensait qu’à une seule chose : arriver à un endroit sûr pour se reposer de la fatigue de la veille. A l’aube la petite caravane arriva à l’endroit actuel du souk El had des Oulad Fennane et Baba Haddou ordonna qu’on s’arrêtât pour les obligations religieuses d’El fajr et pour se reposer avant de commencer une nouvelle étape de son long voyage.  (A SUIVRE)

 

(1) Période de grande faiblesse de l’Etat où le pouvoir était limité à quelques zones proches de la capitale Fès. Dans la quasi-totalité du Royaume la loi du plus fort régnait. L’illustration parfaite de cette triste période est la présence des DCHOURS, fortifications pour s’abriter, partout au Maroc.

(2)  Appartenant à la fraction d’Oulad Si Brahim.

(3) Appartenant à la fraction des Ait Si M’hamed ben Aissa.

(4) Les gens qui n’ont ni foi ni lois. De SIBA qui veut dire dans le dialecte marocain : la non loi. Singulier : Saib. Pluriel : Siabs.

 

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